Les eaux mauritaniennes : des poissons sénégalais (Par SIMMAY)

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Les phénomènes sociaux ont des explications. Les émeutes récentes à Saint-Louis sont la résultante d’une conjugaison de facteurs qu’il faut affronter. Sans prétendre à une quelconque exhaustivité, nous retiendrons trois facteurs les plus déterminants.

En premier lieu, la mal gouvernance qui sévit au Sénégal, depuis le départ du pouvoir du Président Mamadou Dia. En effet, l’incapacité de nos gouvernants successifs à assumer la souveraineté nationale à travers le prisme des intérêts des populations à court, moyen et long termes, a engendré une légèreté dans les choix politiques qui a frisé, parfois, l’antipatriotisme.

Nos gouvernants ont choisi de laisser les grandes puissances pêcher à volonté dans nos eaux. En échange de quelques miettes. Et à force d’être péchés à grande échelle, les poissons ont disparu de nos côtes. Les pêcheurs se sont, du coup, retrouvés sans ressources, sans revenues, dès lors, ils furent condamnés à vivre d’expédients : certains choisissent l’aventure de la mer, aller en Europe dans des conditions épouvantables (phénomène de l’émigration clandestine). D’autres choisirent de se reconvertir (avec plus ou moins de bonheur) dans d’autres secteurs d’activités. Certains, téméraires à souhait, voulurent explorer des eaux plus poissonneuses : à leurs risques et périls.

Le deuxième facteur est culturel. Curieusement, et quoi qu’on puisse en penser, dans notre cher pays, nous croyons que la terre, les fleuves, les mers n’appartiennent à personne d’autre que Dieu. Il s’ensuit que le Sénégalais accepte difficilement qu’on lui fasse des difficultés s’agissant de sa relation avec ces éléments naturels. Nous pensons, naïvement, que nous pouvons nous installer ou bon nous semble : les rues de Dakar et des autres villes de pays l’attestent. Nous croyons également que la mer ne peut être un domaine avec des interdits. Alors si nos pulsions nous poussent à y aller, on ne saurait nous créer un interdit quelconque. D’autant plus que dans notre pays, les lois et les règlements ne sont guère explicités aux citoyens. Comment veut-on alors qu’ils puissent les intégrer dans leurs relations avec les choses et les êtres ? À ce niveau, un effort didactique est nécessaire. La majorité des citoyens ne peut pas continuer à vivre dans l’ignorance des lois ! Quelque part, il s’agit de l’avenir de la Nation.

Le troisième facteur est plus compliqué encore. Les relations internationales ont leurs règles, leurs normes, leurs visages et ces éléments ne sont pas figés. Les occurrences sont plus déterminantes. Les convictions d’aujourd’hui ne sont guère pertinentes le lendemain. Et les comportements suivent les mêmes variations.

La Mauritanie doit dire au Sénégal si elle accepte que les Sénégalais pêchent dans ses eaux. Si elle l’accepte, il restera à définir les conditions de cette pêche. Il faudra que les deux parties définissent les modalités de la faisabilité. Il faudra délimiter les zones de pêche qui seront sécurisées par les deux parties. S’il y a lieu, il faudra décider du volume de pêche autorisé. Et alors, il faudra trouver les voies et moyens de contrôle de ce volume. Il y va de la paix entre les deux pays, les deux peuples. Et cette paix est leur première richesse.

La situation de suspicion n’arrange ni l’un ni l’autre. L’Afrique a d’autres priorités, d’autres urgences. Il est temps que nous quittions l’informel. Il est temps que les citoyens ne meurent plus inutilement. Il est temps qu’on cesse de faire des malentendus des objets de contentieux. Les accords entre chefs d’Etats ne valent que leur traduction en fait, en droit. Le reste est spéculation.

Un chef responsable ne laisse pas un problème traîner. Il est des situations où le temps aggrave les problèmes. N’oublions pas que le pétrole qui gît dans nos eaux communes ne doit pas susciter de fausses querelles.

Pour ce faire, une solution adéquate au problème de la pêche serait un prolégomènes de bon augure pour éviter le surgissement de procédures contentieuses à propos du trésor commun que nous avons dans notre mer : le pétrole.

SIMMAY (Journaliste à Pointdakar.com)

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