Île de Gorée – Les nouvelles restrictions qui mettent en colère les visiteurs

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Dans le but de mieux préserver le patrimoine culturel, une taxe ainsi que des mesures de la Liaison maritime Dakar-Gorée sont appliquées depuis le début de cet été, ce qui n’a pas l’air de plaire à tout le monde. Gorée présente la particularité d’être une île, mais aussi la plus petite commune du Sénégal.

Fara Diaw s’étrangle presque de rage. Il était supposé passer un week-end de farniente à l’île de Gorée, mais les restrictions imposées dans ce lieu paradisiaque et historique a pratiquement pourri sa journée d’avant-hier samedi. Malgré l’affluence, l’entrain et la bonne humeur qui l’entourent, lui s’offusque qu’on ne puisse plus circuler normalement dans cette partie du pays.

« C’est extraordinaire ! On se met à légiférer comme on veut, sans que les autorités ne lèvent le plus petit doigt. C’est inacceptable ! ». Son tee-shirt blanc alourdi par la transpiration et un short en toile rouge constituent sa tenue de sortie avec femme et enfants. Ce fonctionnaire au Plateau est courroucé par la taxe communale qu’on est obligé de payer. La somme ne l’intéresse pas en tant que telle, mais les modalités d’application ont déclenché quelques ardeurs chez lui.

Une fois hors de la chaloupe et alors qu’on parcourt la centaine de mètres de la jetée qui sert de débarcadère, un homme déroute les passagers sur leur gauche, alors qu’ils s’apprêtaient à dévaler, sur leur droite, les escaliers menant à la petite plage déjà parsemée de multiples parasols. ‘‘Veuillez vous diriger vers là-bas, s’il vous plait’’, s’efforce-t-il d’édicter avec le plus d’amabilité possible. ‘‘Là-bas’’ désigne une petite cabine en verre où se forme une immense queue de visiteurs qui s’acquittent du paiement de la taxe communale.

Un percepteur en casquette rouge et au visage barré de lunettes noires ‘‘ponctionne’’ les vacanciers non goréens de 500 F Cfa, excepté les enfants de moins de 10 ans. D’ailleurs, il a beaucoup de mal à se débarrasser du jeune Pape Abdou qui enlève les écouteurs blancs assortis à son tee-shirt pour exiger des explications. Face à l’insistance de ce dernier, un agent de la mairie vient expliquer doctement que ‘‘cette taxe est pour l’entretien de la commune’’.

Devant le fait accompli, certains sont en colère et menacent de ne rien payer. L’affluence incontrôlable, mêlée à l’incompréhension des passagers, ne tempère pas l’ardeur d’un deuxième contrôleur tout aussi dépassé. ‘‘Messieurs-dames, s’il vous plait, allez-y’’, ressasse-t-il en percevant la réticence des gens trop pressés de rejoindre leur camp de base. Malgré les questions qui fusent de partout, l’homme se garde de préciser que c’est pour le paiement de la taxe.

Beaucoup sortent des rangs avec un petit bout de papier jaune qu’ils roulent en boule et lancent aussitôt en guise de mécontentement, tandis que d’autres rangent soigneusement le reçu dans leurs poches. Certains petits malins qui ont tout compris se défilent de la longue queue, font le tour de la cabine et repassent devant les contrôleurs comme s’ils étaient déjà passés à la caisse.

Discrimination
Bien que la délibération fixant le taux, les modalités d’assiette et de perception de la taxe dans la commune de Gorée au titre de la cession de services municipaux ait une base légale, les vacanciers trouvent que cette mesure rend Gorée un peu plus chère. ‘‘Venir en excursion devient de plus en plus coûteux. Maintenant, il faut débourser 2 000 F Cfa entre la chaloupe et la taxe, sans compter qu’il faut prendre en location les parasols et que la nourriture et la boisson sont plus chères qu’à Dakar’’, dénonce Nankassa qui, depuis la Casamance où il vit la majeure partie de l’année, ne s’est pas tenu au courant des restrictions sur les aliments et l’introduction de la taxe.

Moins affecté que Fara, il regrette toutefois la belle époque où l’on pouvait venir dans l’île-mémoire avec moins de 1 000 F Cfa. ‘‘ Le ticket coûtait 500 F Cfa pour les nationaux. Avec 200 F Cfa de transport, je prenais le risque de venir ici avec un seul billet de 1 000 F Cfa. Quand les gens se restauraient, je jouais au pique-assiette en m’invitant tout seul’’, déclare-t-il dans un sourire nostalgique, prêt à s’immerger dans l’eau.

Fara Diaw ne comprend pas que les résidents de cette île en soient exemptés, alors qu’ils sont intéressés au premier chef par son développement. ‘‘C’est clairement discriminatoire ! Cette taxe dit que certains Sénégalais sont soumis à l’application d’un arrêté, là où d’autres ne le sont pas’’, martèle Fara clairement en colère contre les soubassements de cette taxe.

Le délibéré dit toutefois que ce sont les Goréens ou assimilés, les groupes scolaires et universitaires en excursion pédagogique, les agents des administrations publiques et parapubliques, ainsi que trois autres corps qui en sont exemptés. La ‘‘discrimination’’ que dénonce M. Diaw est d’autant plus manifeste qu’elle pose un problème d’applicabilité. Certains parviennent à se soustraire au paiement de ladite somme, alors que la majorité qui assaille la caisse est constituée de touristes occidentaux.

Pour une optimisation du recouvrement de la taxe, ‘‘il a été prévu d’intégrer ce prix dans celui du ticket de la chaloupe. Mais la Lmdg a refusé, prétextant qu’elle ne voulait pas frustrer la clientèle en fixant le passage à 2 000 F Cfa’’, avance l’un des guides qui nous explique que par ce procédé également, la Liaison et surtout sa tutrice, le Port autonome de Dakar, arrivent à cacher à la municipalité les véritables chiffres d’affaires. Dans le cas où l’on aurait ‘‘indexé la quote-part de la mairie sur les ventes totales de tickets de la Liaison maritime Dakar-Gorée (Lmdg), on saurait ce que les chaloupes rapportent réellement.

On se donne beaucoup de mal à nous les cacher’’, confie un guide sous le sceau de l’anonymat. Il estime que cette mesure n’est pas salutaire, dans la mesure où elle ‘‘va faire fuir les gens’’ qui souhaitent se rendre dans l’île, que ‘‘la mairie doit bien s’efforcer de trouver d’autres moyens de recouvrir des recettes que de vouloir presser les visiteurs durant l’été’’.

Pièces d’identité, bonbonnes de gaz, nourriture : les vacanciers irrités
La taxe existe pourtant depuis plus de douze ans, avec la délibération n°0064/CAG/CM du 14 décembre 2005. Mais c’est en mars 2016 que son application a été vraiment tentée. Un ballon de sonde avait été lancé le 15 mars de cette année pour corser la solidité des finances de la mairie goréenne. La modicité avait toutefois emporté l’adhésion ou l’indifférence des vacanciers. Les nationaux et étrangers résidant au Sénégal devaient alors payer 100 F Cfa et les étrangers non-résidents 300 F Cfa. Une mesure qui avait été annoncée par le maire de la commune lui-même, Augustin Senghor, que la recherche de recettes pour sa municipalité avait manifestement conduit sur la corde raide. ‘‘La commune a l’un des budgets les plus faibles des 19 communes d’arrondissement de Dakar. Elle entretient l’île sans aucune subvention, afin qu’elle soit propre et accueillante pour les visiteurs’’, avait-il avancé en conférence de presse. La panne de l’une des chaloupes – ‘‘Beer’’ – en mars dernier ayant posé un problème de plus, ‘‘la mairie a dû trouver un moyen de compensation qui a été de presser les visiteurs’’.

Une autre série de mesures, de la Lmdg cette fois, courrouce également les vacanciers. Le 12 juillet dernier, elle exigeait la présentation d’une pièce d’identité pour l’accès à la chaloupe et le transport des bonbonnes de gaz qui ne se ferait qu’à partir de 18 h 30 désormais. Passent ces deux restrictions, mais la troisième règle, qu’est l’interdiction du transport de repas préparés, irrite les quelques personnes adossées au mur en face de la plage.

‘‘C’est décidé pour moi ! Les sorties, maintenant, c’est à la plage de Ngor ou à la Voile d’or ou ailleurs. En tout cas, tout sauf Gorée’’, martèle une dame qui mâchouille férocement un sandwich qu’elle vient d’acheter pour elle et sa petite famille éparpillée sous un gros parasol. La musique de Wally Seck, distillée par d’énormes caisses de résonance sur la plage, ne l’amuse pas plus que ça. D’ailleurs, tous ces réglages déplaisent fortement aux visiteurs nationaux qui viennent sur l’île.

Après l’érection controversée de la place de l’Europe à Gorée, cette mesure de l’équipe municipale est une autre pilule qui ne passe pas aussi bien que prévu.

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