PRÉPARATION DE LA COUPE DU MONDE 2018 – Le Sénégal s’égare sur la route de la Russie

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C’est à croire que le Sénégal ne sera pas de la prochaine Coupe du Monde, prévu du 14 juin au 15 juillet 2018 en Russie. A 124 jours du coup d’envoi de la grande messe du football, les capitales dont les pays sont conviés au banquet mondial vibrent déjà au rythme du tournoi sportif le plus médiatisé au monde, mais Dakar semble encore étrangement en rade. En cause, le rythme lent et mal maitrisé dans la gestion de ce dossier pourtant frappé du sceau « Prioritaire ». L’Equipe nationale du Sénégal accuse un retard flagrant par rapport à ses prochains adversaires et le plan fourbi par son Sélectionneur, Aliou Cissé, est déjà perturbé par une série d’impairs dont il aurait certainement souhaité se passer.

 

En allant décrocher une précieuse victoire à Polokwane, le 10 novembre 2017 face à l’Afrique du Sud et en faisant, quatre jours plus tard du match retour une formalité, après avoir bénéficié d’un coup de pouce de la justice sportive, l’Equipe nationale du Sénégal venait de faire un immense pas vers un retour à la Coupe du Monde, plus de 15 ans après sa toute première participation. Moins d’un mois plus tard (le 1er décembre), les «Lions» tâtaient déjà leur rêve le plus fou en suivant le tirage au sort du Mondial qui les plaçait dans le Groupe H, en compagnie de la Pologne, de la Colombie et du Japon. Aujourd’hui, de l’eau a coulé sous le pont qui sépare Dakar de Kalouga, la ville russe qui servira de camp de base à la Tanière. Trois mois, jour pour jour après la parade de Polokwane, et soixante douze jours après le tirage au sort qui s’est déroulé à Moscou, en présence d’une délégation sénégalaise forte d’une dizaine de personnes dont le sélectionneur national Aliou Cissé, mais aussi et surtout le ministre des sports et trois membres de son cabinet, en plus du président de la fédération et trois de ses vice-présidents, la sélection nationale surfe sur un flou inexplicable par la faute d’une gestion inquiétante quand aucune communication officielle n’est faite par les instances chargées de mener une campagne qui se rapproche à la vitesse d’une comète.

 

Absence de communication, perturbation des plans du coach

Pourtant, dans la foulée du tirage au sort, le Sélectionneur national conçu un plan de préparation détaillé, désignant notamment les villes où il souhaiterait se poser et les potentiels adversaires qu’il voudrait affronter pour les matchs amicaux. Difficile alors de comprendre qu’à ce jour, aucun point de ce plan ne puisse être officialisé au moment où toutes les 31 autres sélections qui seront de la fête du football mondial ont déjà, depuis longtemps, fini de valider et communiqué sur une grande partie de leur programme de préparation et les sparring-partners qu’ils vont affronter. A titre de comparaison, autant les quatre autres sélections africaines qualifiées que les trois qui partagent le Groupe H avec le Sénégal, ont déjà ficelé leur calendrier et dévoilé leur tableau de bord depuis plusieurs semaines. Le Nigeria affrontera la Pologne et la Serbie les 23 et 27 mars, avant d’enchainer sur la RD Congo le 25 mai à Abuja, l’Angleterre et la République tchèque en juin. Le Maroc a déjà calé cinq rencontres qui lui permettront de se frotter à la Serbie et à l’Ouzbékistan à Casablanca en mars, à la Tunisie en mai et à deux autres adversaires à déterminer entre l’Argentine, la Belgique et la Suisse, pour le mois de juin. Il en est de même pour l’Egypte qui, dans un premier temps, affronte le Portugal (23 mars) et la Grèce (27 mars), puis enchaine sur la Bulgarie et la Belgique en mai avant de terminer sa préparation en juin, avec un match amical prévu en Russie, contre la Serbie. Pour sa part, la Tunisie, qui comme le Maroc effectuera un stage de préparation d’une douzaine de jours en Suisse, jouera contre l’Iran (23 mars à Radès, en Tunisie), le Costa Rica (27 mars à Nice, en France), le Maroc (au mois de mai, en Suisse) et l’Espagne (9 juin à Krasnodar, en France).

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Le Sénégal, seul dans son monde

La situation est également maitrisée du côté des futurs adversaires du Sénégal. La Pologne a officialisé son programme qui, entre mars et juin, verra Lewandowski et les siens se frotter au Nigeria, à la Corée du Sud, au Chili, à la Lituanie, à l’Irlande et à la République Tchèque. La Colombie en a fait de même, si ce n’est mieux. James et ses coéquipiers ont déjà disputé deux matchs amicaux (défaite 2-1 contre la Corée du Sud et victoire 4-0 face à la Chine) et vont en disputer au moins trois autres contre la France, le 27 mars à Paris, l’Australie, le 27 mars à Londres et face à un adversaire à déterminer, pour un match amical à domicile en mai. Dernier adversaire du Sénégal dans la Poule H, le Japon est également dans les temps. Après avoir affronté la Belgique (défaite 1-0) et le Brésil (défaite 3-1) en novembre, juste avant le tirage au sort de composition des groupes, l’équipe de Vahid Halilhodzic a, dans son viseur deux matchs amicaux à Liège, en Belgique, respectivement face au Mali (le 23 mars) et à l’Ukraine (le 27 mars, à Liège, en Belgique), et un dernier calé contre la Suisse, au mois de juin.

Au vu de ces calendriers fixés et officialisés quelques semaines seulement après le tirage, l’étrange silence du Sénégal sonne comme un impair, à moins d’un mois et demi de la période FIFA du mois de mars.

 

Des adversaires d’un faible niveau, Dakar privée de match amical

Au moment où toutes les sélections qualifiées à la prochaine Coupe du Monde vont affronter des adversaires d’un standing respectable, faisant espérer des matchs amicaux plutôt relevés, le niveau des sparring-partners prévus pour les «Lions» qui filtrent dans la presse laissent naitre des inquiétudes, tout comme les désistements de certaines sélections auparavant ciblés par le Sélectionneur national (Ecosse, Irlande, Ukraine Panama, Costa Rica, entre autres) ou encore la cacophonie sur les lieux qui devront finalement accueillir les matchs amicaux entre les annonces initiales de Londres et Paris et les alternatives récemment soulevées de Marrakech et Le Havre. Pis, sans manquer de respect à l’Azerbaïdjan ou au Luxembourg, ce n’est pas une insulte que de dire que leurs sélections respectives ne peuvent pas apporter grand chose à une équipe qui prépare un tournoi aussi sélectif et prestigieux que le Mondial. Aujourd’hui, en dehors de la Croatie qui devrait jouer contre le Sénégal en juin, en Russie, tous les adversaires jusqu’ici annoncés sont d’un niveau qui ne fait pas bondir.

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Autre signe inquiétant dans le déroulement du programme de préparation, là où toutes les sélections tiennent à disputer un match amical à domicile avant de prendre le chemin de la Russie, le Sénégal devrait se contenter, si l’on s’en tient au plan arrêté lors de la réunion mixte ministère des Sports – Fédération sénégalaise de football, à une petite semaine d’entraînement juste ponctuée de la traditionnelle cérémonie de remise de drapeau.

 

Gros nuages sur le foot local

A ce manque de maitrise sur les adversaires et les lieux des matchs, il faudrait ajouter le contexte du football local qui n’est pas sans en rajouter une couche. Le désaveu de la FSF par le Tribunal arbitral du Sport à propos de l’affaire de l’Us Ouakam tout juste réintégrée dans les compétitions domestiques et la crise concernant Guédiawaye Football Club qui n’est pas encore totalement vidée risquent de pourrir une situation déjà mal embarquée et de rallonger un calendrier suffisamment serré. Pendant ce temps, les dirigeants semblent user de la stratégie de cacher la poussière sous la moquette, en différant les problèmes plutôt que de trouver des solutions pérennes, au risque de se trouver en fin de saison confrontées à plusieurs crises et autres petites querelles qui vont davantage polluer l’atmosphère au moment où toute la planète du football commencera déjà à vibrer au rythme de la Coupe du Monde Russie 2018. Mais, bien évidemment, tout ceci ne nous empêchera pas d’entretenir des rêves de grandeur au pays de Poutine tout en nous ménageant une porte de sortie et une excuse toute faite enrobée de fatalité en cas de désillusion. Mais il n’y a pas lieu de s’inquiéter nous dira-t-on. Ainsi va le Sénégal du foot.

BABACAR NDAW FAYE

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