THIABA CAMARA SY : « CE SONT LES JEUNES QUI SAUVERONT LE CONTINENT ! »

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Après une prépa HEC, et dès l’obtention de son diplôme à l’école supérieure de commerce de Paris, Thiaba Camara Sy rentre au Sénégal pour y fonder en mai 1990 son propre cabinet d’expertise, lequel rejoint six ans plus tard le réseau français Constantin. En 2008, Constantin fusionne avec le groupe DTLL, et Thiaba Camara Sy prend la tête du cabinet Deloitte au Sénégal.

À 54 ans, Thiaba Camara Sy est une femme et une mère de trois enfants accomplie qui ne manque pas de projets pour l’avenir.

Pourquoi monter aussi rapidement votre propre boîte ?

C’était un concours de circonstances car j’ai eu un contentieux avec mon ancien employeur. Je suis tombée enceinte de mon premier enfant et ma grossesse ne se passait pas bien. J’ai décidé que je ne pouvais plus continuer à travailler dans une entreprise où je n’étais pas respectée en tant que femme.

C’est plutôt une décision de principe. Je n’avais pas d’alternative, ni d’emploi, à tel point que j’ai envisagé d’être une femme au foyer. J’ai accouché en janvier 1990 et j’ai ouvert mon cabinet en mai de cette même année.

Thiaba Camara SY

Qu’est-ce que cela vous a apporté de rejoindre le groupe Deloitte ?

Cette fusion m’a apportée une ouverture totale sur l’international. Deloitte est une famille mondiale et donne accès à des ressources très pointues et diversifiée. C’est le confort de pouvoir, partout où l’on se déplace dans le monde, avoir accès aux mêmes normes, types d’organisations… Pendant longtemps, notre devise était « As One ».

Vous avez créé votre cabinet suite à un contentieux avec votre ancien employeur concernant votre grossesse. Aujourd’hui, quel est votre impact pour les femmes chez Deloitte Sénégal ?

Ce que j’ai vécu avec un ancien employeur était inacceptable dans mon propre cabinet. Les femmes se sentent comprises dans leur rôle de mère. Nous arrivons à gérer nos contraintes personnelles et professionnelles, simplement parce que nous reconnaissons qu’elles existent, et à conserver notre légitimité.

On a du temps pour mettre à jour les plannings, redistribuer les dossiers, mais également apporter du support aux collègues car une grossesse peut être parfois difficile. Ce sont juste des aménagements que l’on apporte dans l’organisation du travail et qui font que les femmes s’y sentent bien. Je suis moi-même mère de trois enfants, et j’ai pu mener de front mes deux parcours. Sans en prendre vraiment conscience, j’ai permis à d’autres femmes d’en faire autant.

« Les jeunes sont en train de réinventer le monde qui devient ainsi le leur »

Comment voyez-vous l’avenir de la femme dans le secteur de la finance en Afrique ?

Il prend de plus en plus d’ampleur ! Dans la finance traditionnelle, au cœur de la vie économique de cette partie de l’Afrique, les femmes ont toujours été très actives et très indépendantes.

Dans la finance moderne, de plus en plus de femmes réalisent que l’on peut faire éclater le plafond de verre et beaucoup y sont arrivées. Grâce aux pionnières, ainsi qu’aux modèles, les jeunes comprennent qu’elles aussi peuvent atteindre le plus haut poste.

Marie Odile Kantoussan et Thiaba Camara Sy

Marie Odile Kantoussan et Thiaba Camara Sy

Quel est le rôle de la jeunesse ?

Je parle en tant qu’Africaine et pour moi ce sont les jeunes qui sauveront le continent. Ils le feront de par l’accroît démographique, leur créativité, mais également par le fait qu’ils comprennent qu’il n’y a ni intérêt ni valeur à reproduire les schémas de papa. Nous sommes dans un monde qui évolue avec un effet d’accélération. On ne peut pas se projeter dans l’avenir avec des modèles du passé.

Je suis fascinée par l’innovation dans l’environnement économique et social. Les jeunes sont en train de réinventer le monde qui devient ainsi le leur.

« Il est important d’explorer ses passions car ce sont elles qui nous portent. »

Comment donner envie aux femmes et aux jeunes d’avoir le courage de se lancer dans une carrière telle que la vôtre ?

Mon leitmotiv, c’est qu’il ne faut pas avoir peur de démarrer de là où l’on est, même si on est très loin et tout petit. L’essentiel est d’avoir une vision précise de ce que l’on a envie d’entreprendre et de ne pas avoir peur.

Je pense qu’il est important d’explorer ses passions, car ce sont elles qui nous portent. C’est avec elles que l’on recharge ses batteries pour aller loin. Quand on est passionné.e, on fait des choses immenses sans même s’en apercevoir. Cela rend le voyage d’une vie ou d’un parcours professionnel tellement plus grand et agréable, parce que cela donne du sens. Et ce, quel.le que soit le métier, la branche et l’environnement dans lequel on se trouve.

Thiaba Camara Sy

Qui sont ou ont été vos rôles-modèles ?

Mes modèles sont Nelson Mandela et Mohamed Ali. Ce sont deux personnes totalement différentes, mais qui ont vécu leur passion, qui l’ont porté, honoré tout au long de leur vie. Malgré leurs défauts, leur grandeur vient du fait qu’ils ont toujours su être fidèles à leurs valeurs quel qu’en fut le prix à payer. Ce sont des modèles d’endurance et de courage, mais également de vérité et de générosité.

J’ai également eu la chance d’avoir des modèles dans ma famille : mes parents. Ils ont su être cohérents par rapport aux valeurs qu’ils m’ont inculquées. Pour moi, la famille est un soutient primordial.

À l’issue de notre interview, Thiaba Camara Sy nous annonce son départ du cabinet Deloitte Sénégal, ne s’épanouissant plus dans cette branche. « J’ai envie de poursuivre ma carrière dans le fond de gestion d’investissement » nous-a-t-elle confié. Le 24 septembre, Thiaba Camary Sy est annoncée comme la nouvelle cheffe exécutive des Opération d’Afig dirigées par Pape Madiaw Ndiaye. Mais si c’est une femme qui quitte le navire Deloitte Sénégal, c’est une autre qui reprend la barre : Madame Ndeye Maguette Diouf Pouye.

intothechic.

 

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